vendredi 15 mai 2009

Le plaisir de s’évader…

Nous voilà parti quelques jours hors du temps dans la petite contrée hispanique de Vilanova de Meia. Nous quittons la France et ses gouttes de pluies habituelles pour trouver quelques rayons de soleil si attendu en ce mois de mai. La fiesta de « Vilanova Artifio » rassemble les foules, les « vans » espagnols sont au rendez-vous, les français profitant de leurs traditionnels jours fériés aussi.
Partout le matériel s’étale, chacun le tri avec attention. Les trésors de l’artificiel sorte de l’ombre des placards ; pitons, crochets, marteaux, poignets jumars, étriers, plombs de toutes sortes… de véritables petites quincailleries penserait le néophyte de l’artificiel !
Rémi nous apportent les premiers principes de ce type d’escalade un peu particulier et légèrement oublié aujourd’hui. Enfin je comprends l’utilité de ces milliers de bouts de ferrailles, si familiers pourtant.


Nous voilà après une courte présentation, chacun propulsés dans les voies du Pilar del Segre suspendus sur nos étriers qui eux même prennent place sur des pitons, des plombs,des friends, nous inspirant chacun plus ou moins confiance. Le temps passe rapidement, il nous faut une bonne après-midi pour arriver à la fin de cette tâche laborieuse, nous progressons peu à peu malgré tout. La confiance attribuée à chacun de ces points est de plus en plus grande, le plaisir de se hisser et d’approcher du relais aussi. Le soleil se couche déjà, une évidence est là, la progression artificielle prend du temps…, il est tant d’aller s’offrir une bonne bière ! Le bar est plein, partagé entre français et espagnols, jeunes et vieux, grimpeurs et non grimpeurs… dans ce brouhaha classique des bars à l’espagnol, tout le monde à l’air si heureux de se retrouver ! Nous y sommes un week-end hors du temps et hors de toutes préoccupations quotidiennes est bien lancé !
Je retrouve Grisu, heureux de se retrouver au milieu de tous ces jeunes ! Les projets fusent… demain nous irons faire « Premier amour », cette grande ligne si évidente qui traverse el Pilar Del Segre. Je n’ai encore jamais grimpé avec Grisu, je suis contente ! Les cordées se forment, les projets aussi, nous grimperons tous dans le même coin, tous pendus dans ces grands dévers qui paraissent impossible à gravir vu d’en bas, et pourtant… Une cordée, vient nous rappeler qu’aujourd’hui nous sommes à l’heure du libre ; au milieu de nous tous, elle va se crée un itinéraire. Rémi, Vincent et Caro enchaîne les mouvements les uns après les autres, si légers… je me demande si ce n’est pas un peu de la provocation ! Pendant ce temps là, Grisu et moi-même progressons de point en point. Il y a « ambiance » ! Nous sommes là plein vide suspendu à nos étriers. Grisu m’explique, me conseille, me montre… L’expérience est bien là, il se remémore des souvenirs qui commencent à lui sembler un peu lointain… Il observe la progression de Mathieu et Damien dans « La belle époque » cherchant certainement à se replonger un peu dans cette belle époque… Une corde est fixée, elle plonge au milieu de nous tous. Rémi la remonte cherchant à photographier des scènes peu habituelles. Depuis mon relais, je souris, je trouve ce moment convivial et sympathique, nous aurions presque pu nous croire au beau milieu d’un cirque acrobatique !
Après deux belles longueurs d’artificiel, nous rejoignons la grande vire qui nous guidera jusqu’en bas. Nous sommes content de cette première escalade originale ensemble. L’après-midi est encore là, nous prenons le temps, Grisu se souvient de bon temps passer ici, il me raconte…
Une silhouette un peu « déglinguée » s’approche de nous… petite taille, maigrichon, cheveux blancs en bataille, petit short, chaussettes remontées et chaussures bien trop grandes pour lui, c’est Armando Ballard qui a reconnu Grisu de loin. On papotte, on rigole, Armando nous annonce le programme de ce soir…
Nous remontons à l’Ermitage, bivouac hors du commun qui prend ce week-end, une allure de « camping municipal ». Les troupes se rassemblent, chacun met en avant ses victuailles, c’est sûr nous n’allons pas mourir de faim, ni de soif d’ailleurs! En attendant l’heure de la projection, dans une ambiance à l’espagnole (Doctor Deseo comme fond musical, un verre de vino tinto ou une San Miguel à la main), des petits groupes se forment. La « montagne », est au cœur des discussions. Le mélange des générations rend passionnant tous ces débats.
Un peu plus loin, un regroupement nous annonce l’heure de cette projection si attendue, nous nous dirigeons à l’abri vers la « séance de cinéma ». Nous retrouvons les « maestros de l’artif », Paca, Pelut et bien d’autres. Un accueil sans précédent nous est réservé au cœur de leur petite communauté catalane ! Un drap blanc sur un mur, un rétroprojecteur et un ordinateur portable feront l’affaire… nous voilà propulser en Utah dans l’ascension d’Intifada, une voie d’artificiel, gravit par « el famoso » Pelut accompagné par sa patiente copine et compagne de cordée. Incroyable cette ascension cotée jusqu’à A6 ! Je regarde avec attention le travail laborieux auquel ils ont eu à faire, je tente de m’imaginer une seconde à leur place, je suis « bluffer » ! De retour à la réalité du moment, il pleut, le temps n’incite pas trop à la fête, les spectateurs s’éparpillent, chacun rejoignant son confortable bivouac.
Nous sommes à la fête de l’artif, nous continuons dans ce même esprit… Nous partons, sous les conseils d’Armando, en compagnie de Martin et Grisu dans l’ascension d’une voie, encore une fois très très déversante. Grisu connaît bien le coin, il nous raconte le souvenir d’un « plomb » dont on se souvient encore quelques années après. Horaire raisonnable pour ce type de voie : une longueur en une journée. Les catalans ne sont pas très loin, nous profitons de leurs histoires, de leurs expériences, de leur joie d’être là…
Pour Grisu il est temps de retrouver la France, je sens qu’il n’en a pas vraiment envie, mais la réalité est là, d’autres projets l’attendent… Nous nous retrouvons alors avec Martin, seuls à l’Ermitage, qui, en quelques heures, a perdu son allure de « camping municipal ». Nous attendons Rémi et le reste de l’équipe. La fin d’après-midi est rythmée par sieste au soleil, lecture au goût du jour « Pourquoi grimper sur les montagnes ? », puis orage, quelques allées et venues de randonneurs du dimanche venant admirer le point de vue qui nous montre que nous ne sommes, finalement, pas vraiment seuls…
Enfin, ils arrivent, et nos paniers repas avec ! Tout le monde est reparti, il nous reste à nous encore une journée… Nous décidons de faire des « voies qui roulent ». La Roca Alta est assiégée !
L’heure de rentrer approche, je n’en ai pas envi. Encore une fois, ces sierras espagnoles m’ont apporté quelque chose que je ne retrouve pas ailleurs… certainement le plaisir de s’évader totalement…

Cécile.

8 mai au 11 mai 2009, "VilanovaArtifio" 2009, (premier rassemblement de l’équipe des jeunes alpinistes du CAF avec Rémi Thivel).
Photos : Rémi Thivel

samedi 9 mai 2009

Montrebei style

Superbe semaine Montrebeyesque que j'ai passée en compagnie de Céline, Christian, Martin et Florent.
Martin et Florent que l'on pourrait surnommer les meilleurs amis du monde, et pourtant...

L'un parle Espagnol, l'autre pas un mot
L'un tient les prises, l'autre non.
L'un est maigre, l'autre est gros.
L'un boit comme un trou, l'autre aussi.
L'un a une grande gueule et l'autre, ma foi... bien plus encore.

Vous l'aurez compris ça chambrait dur cette semaine là (j'en ai aussi pris pour mon grade).
Martin n'a pas son pareil pour dire des bêtises, dans les moments les plus inattendus . Donnez lui une caméra, et expliquez lui comment ça marche car les nouvelles technologies c'est pas son truc, et vous obtiendrez des films démentiels. A base d'interview, de cours de botaniques, et de commentaires en live (comprendre pas là, il filme et commente tout en assurant!). Les films les plus marquants ont étés réalisés dans "Josmar Fan Club" (Front Freda) "Latin Brother" (Paret de Catalunya) , "El Buit del Mestre Tei-Chi" (Paret de Catalunya) et "100 ans de solitude" (Aiguilles paroie de Catalogne). Voir ci dessous (le son est décalé je ne sais pas pourquoi, j'essayerai de corriger ça plus tard)


Toujours à propos du même homme, la plupart savent qu'il fait parti de l'équipe nationale Espagnole des jeunes alpinistes. A ce titre il se doit de porter les vêtements des sponsors de l'équipe. Voir Martin avec des fringues toutes neuves, c'est aussi bizarre que d'entendre dire que Christian Ravier n'a pas grimpé depuis plus d'un an !!!
Ce fut donc un grand plaisir de voir Martin revenir aux basiques. En effet il arborait un magnifique short Nike tout droit sorti de chez Emaeus. Ce short a du servir à peu près à tout : peinture, jardinage ... Ah ! c'était un pantalon à la base me dit-on! Mais demandez donc a Martin il vous répondra "Eh, c'est un nike, c'est de la marque, il m'a coûté du pognon!"


L'évènement marquant fut la fête surprise organisée pour les 40 ans d'Albert Salvado à l'ermitage de Villanova de Meia. Une organisation hallucinante !!! Pellut avait fourni la tente KTM, et Paca assurait à la batterie. Celui-ci nous expliquait que pour apprendre à en jouer, il a mis une photo de chacun de ses professeurs sur chaque tambour et symballe. A priori ca l'a beaucoup aidé.

Ce ne fut pas chose simple que de faire venir Albert à l'ermitage. Il a fallut user de beaucoup de stratagèmes, et tout le monde y a mis du sien. Pour appater l'Albert, Christian pensait envoyer un faux topo d'une nouvelle voie inexistante à la Roca Alta, baptisée "Chouille a l'ermitage" ou un truc comme ça. Finallement c'est la copine d'Albert qui l'a appelé lui faisant croire qu'elle avait cassé la voiture à l'ermitage.
La fête fut un vrai succès. Albert s'en souviendra longtemps je pense. Mais à toute fête succède un lendemain, et celui là, me concernant, fut particulièrement difficile. J'ai d'ailleurs enrichi mon vocabulaire Espagnol avec le mot "resaca". Il faut savoir que ce soir là, je n'ai pas eu le courage ou plutôt les capacités, de déplier mon sac de couchage. J'ai donc dormi en vrac dans la voiture.

Nous avons donc repris la route, après un café et un cours pitoyable, orchestré par moi même, sur le danger des élastiques sur les dégaines (en gros j'ai expliqué un truc que tout le monde sait, et en prime j'ai explosé un élastique d'une dégaine d'Albert). Un grand merci à Florent pour avoir conduit doucement dans les virages, ainsi qu'à Martin pour m'avoir laissé monter devant à mis col !!! Merci aussi de ne pas m'avoir suggéré de changer de Tshirt quand on s'est arrêté manger dans un bar. Avec les taches de vin et ma tête de déterré, pas de doute j'avais la classe.

Prochaine étape, Anso, les 19, 20, et 21 Juin. Soyez en forme.

mardi 7 avril 2009

Les livres d'or

A l'heure du numérique, internet, téléphones cellulaire ainsi que tout un tas d'autres technologies, la diffusion de l'information est entrée dans une nouvelle ère.
Cependant je suis heureux de constater que les anciennes méthodes fonctionnent toujours. Je pense entre autre aux livres d'or. Qui n'en a jamais feuilleté un, ou bien laissé quelques lignes par ci par là.

Ces livres peuvent s'avérer être des mines d'informations pour les grimpeurs, avec entre autre des indications précieuses sur les conditions de telle ou telle voie (surtout l'hiver) ou bien un détail d'itinéraire ou encore l'état de l'équipement en place etc...

Autres informations intéressantes, les topos de nouvelles voies. A l'heure de l' "online", on pense très souvent (moi le premier) à "googler" comme un malade à la recherche du topo tant espéré (et on trouve très souvent), plutôt qu'à un autre moyen. Combien de fois j'ai pu dire ou entendre "Merde j'ai pas imprimé le topo, et pourtant je l'ai téléchargé hier soir sur topoAgogo.com, comment on va faire ?!"
Dans les livres d'or on en voit de tous les styles... Du topo artistique au gribouillis illisible. Maintenant avec l'informatique on a droit à un autre genre, mais là aussi certains sont plus doués que d'autres...

Les livres d'or sont aussi l'objet de polémiques en tout genre, règlement de compte et j'en passe. J'en avais d'ailleurs fait les frais une fois en laissant un commentaire, qui n'avait pas plus à certain, et j'avais pris un tir comme on dit dans le jargon. Ceci dit cela ne m'empêche pas de continuer à en laisser d'autre, même si cela devra encore déplaire.

On y trouve aussi des narrations plus ou moins intéressantes ou marrantes d'ascensions variées.
Certains vont mettre l'accent sur la performance, d'autres sur le matériel à privilégier, la beauté de l'itinéraire, quand à d'autres ils vont tout simplement raconter leur galère (c'est marrant ce sont ceux là que je préfère ;-)

Récemment, en lisant celui de Villanova de Meia, j'ai pris conscience d'une chose qui est vraiment typique des livres d'or, et qu'il est difficile de retrouver au travers d'autres médias (surtout internet), le coté artistique. J'en parle plus haut au sujet des topos, mais cela ne se restreint pas uniquement à ça.



En fait tous les points que j'ai abordés y passent. Je suis toujours stupéfait de voir à quel point les gars peuvent être imaginatifs, souvent drôles et en utilisant qu'un simple stylo et une feuille de papier. On y voit dessins en tout genre, surnoms démentiels, signatures surréalistes (je me souviens d'un gars qui a signé son nom en dessinant un pétard au milieu, ou encore un autre en reprenant la typographie des lettres d'Iron Maiden).

Une autre fois un gars écrivait une carte postale à sa mère en la rassurant, lui expliquant que les locaux étaient sympas et surtout en lui demandant des slips propres en urgence !!!

Dernièrement, toujours à Villanova, j'ai halluciné sur un dessin (polémique) du prototype de grimpeur de merde moderne (voir photo).


Les livres d'or ont encore une longue vie devant eux, et il ne tient qu'à nous de continuer à les faire vivre. En fait je ne pense pas qu'il faille être original pour écrire quoi que ce soit, il suffit d'être naturel et de profiter de l'instant. Énervé, sérieux, en plein délire, une seule règle : libre expression. En fait il n'y a qu'une seule chose qui m'énerve, les hiéroglyphes, comprendre par là, la page indéchiffrable car un gars a écrit comme un chat, et que lui même serait incapable de se relire !!!
Aucune restriction quand au langage choisi (on préfère écrire dans sa propre langue), je trouve même sympa de trouver quelques lignes en Japonais (ou Chinois je suis incapable de dire de quelle langue il s'agissait), tant que c'est bien écrit.

A part çà, ce jour là avec Xavier nous avons fait Intifada à la Roca Alta. Splendide voie que nous recommandons à tout le monde. N'ayant pas pris de topo (encore une fois j'ai dit "Merde je l'avais pourtant sur l'ordi et même dans un passe Muraille"), nous avons utilisé celui du bar. Un topo tout droit sorti de l'ordinateur, une impression bien foireuse ... bref la première longueur avait été tronquée. Je ne sais pas qui l'a amené au bar, sans doute un bon grimpeur mais certainement pas une star de l'informatique. Xavier l'a donc customisé et a ajouté la partie manquante.

lundi 23 mars 2009

Braquage à l'espagnole


Martin Elias, ca vous dit quelque chose non ?

Vous savez, le gars super sympas, avec un accent bizarre, qui mange du chorizo et de l’huile d’olive, qui rigole quand ca devient dur, et qui oublie assez souvent d’avoir peur.



Ben c’est notre boss. Et oue, faut pas croire, il y a toute une organisation derrière toutes ces sorties folles, ces enchainements à n’en plus finir. Et Martin, c’est un peu le « parrain » de notre mafia à nous : le GRJP (voir article précédent). Evidement, en écrivant tout ca, on risque gros, parce que le big boss, il rigole pas, et vaut mieux tenir sa langue… Rémi en a déjà fait les frais l’été dernier, en lançant une rumeur comme quoi IL avait du mettre un pied sur un spit dans une dalle foireuse du pibeste, un véritable scandale… sa punition en fut à la hauteur : torturé pendant une dizaine d’heure dans un dièdre oublié des Pyrénées, loin des foules…



Et voila que mercredi, alors qu’on patiente tranquillement dans notre planque habituelle, le téléphone sonne. Encore un braquage de prévu… Cette fois ci, c’est un gros coup, du genre banque centrale en pleine journée en centre ville de New York… El maestro veut se rendre au 3eme étage à Gavarnie, et à la journée en plus… Et pas moyen de calmer le boss, il sait ce qu’il veut, et nous, on sait vite ce qu’on a à faire. On n’a déjà pas été brillant lors de notre dernière opération dans le sanctuaire, il faut se rattraper. Rémi, il en connait un bout, c’est pas la 1ere fois qu’on lui laisse les plans foireux, même que celui là, il y a déjà eu droit, avec un autre voyou de la bande, un certain Fiorentino Del lago… En ce moment, il se trouve en pleine punition, exilé. (On raconte qu’il fut aperçu en train de s’entrainer sur une structure artificielle, ce qui évidement, fut puni par le châtiment suprême du GRJP : l’exil dans l’ALPE)

Bref, c’est nous qui devions nous la coller. Le boss est clair : il vaut la trace, les trous pour les piolets, les abalakovs renforcés, et les cordes fixes dans tous les passages foireux… Il nous reste 24h, c’est pas le moment de trainer…




On embarque donc à 21h, avec tout l’équipement nécessaire à la préparation du terrain. Nous profitons de la pleine lune pour éviter d’allumer les frontales, et ainsi passer les différents postes de sécurité (renforcés depuis notre dernière tentative). Et vers 3h du matin, nous commençons le long travail qui nous attend… D’abord faire de bonnes marches dans Freezante, marquer les emplacements pour brocher, et enfin, installer des relais…
Puis de la trace, en zig zag, avec des enjambées d’un mètre 20, les seules qu’accepte le boss. Obligés de passer 2 fois dedans, afin de faire la place pour ses nouvelles chaussures en 46… Mais voila que la lune laisse place au soleil, alors que nous attaquons Mitologico. Déjà, des cordées du GIGN (groupe d’intervention Gavarnie Néouvielle) se lancent à notre poursuite.
Heureusement, nous sommes assez rapides, et parvenons au pied du 3eme étage, lieu de sécurité et de rendez vous pour les voyous. Un peu perplexes, nous nous engageons doucement dans les lignes de faiblesse de cette grande muraille, en prenant soin d’enlever toute prise instable, ou qui pourrait gêner el maestro… Nous laissons aussi un chorizo à chaque relais, comme convenu.



Toutes les cordes statiques sont vérifiées méticuleusement, et nous prenons enfin pied sur la langue de glace, le fameux trésor convoité… Toujours une petite émotion dans ces moments là, les premiers couinements des piolets, puis se dévacher, quitter le confort du baudrier…
Mais le temps presse, et nous nous relayons pour préparer les trous des nomics (la dernière arme développée pour ce genre de braquage…).
Une fois au sommet, c’est le soulagement… Un coup de fil au boss : mission réussie. Demain, il pourra monter sereinement profiter de cet éclat de glace, suspendu 1000m au dessus du cirque…
Il ne nous reste plus qu’a attendre la nuit pour descendre discrètement. Nous profitons d’une cordée de basques issus de l’ETA pour détourner l’attention des gardes, et ainsi retrouver notre véhicule, vers 22h…



Pendant ce temps la, le boss se repose dans la villa de Holles, encore un de ses repères qu’il affectionne tant… Le lendemain, il réalise comme prévu un des plus beaux braquages de la saison. Nous n’allons pas tarder à toucher notre part du butin : 2 universels, et 1 cornière chacun… Nous sommes aux anges, voila de quoi s’offrir quelques belles aventures à l’avenir !

vendredi 13 mars 2009

Année 2052: Le GRJP a encore frappé






Le GRJP (groupe révolutionnaire de jeunes pyrénéistes) vient de sévir à nouveau à Gavarnie. Le scandale vient d'éclater au grand jour. Ces jeunes extrémistes (cagoulés) auraient tenté d'ouvrir un itinéraire à prédominance rocheuse dans le sanctuaire glacé de Gavarnie (où toute activité répondant au nom de DRY TOOLING a été interdite par le CCC [comité de casse-couilles] en 2023). Les autorités ne comprennent pas comment ces jeunes ont réussi à s'introduire au sein de l’arène glacée en évitant de se faire repérer par les gardiens des glaces postés en de nombreux lieux stratégiques.





Certains commenceraient à remettre en cause la politique de renforcement de la sécurité menée l'année dernière. Des gardes avaient été rajoutés sur les crêtes sommitales suite à l'ascension illégale d’Alois au troisième étage par deux jeunes du GRJP (après un accès en rappel !). Leur arrestation s'était effectuée à Ordesa où les autorités espagnoles les attendaient à leur voiture. L’histoire avait beaucoup fait parler car ces jeunes personnages ne possédaient même pas le permis des glaces niveau trois requis pour l’accès au cirque !



Par chance, le mauvais temps les a empêchés de terminer leur ouverture folle. Les hors la loi ont réussi à prendre la fuite mais une enquête judiciaire a été ouverte et les meilleurs policiers du moment ont été mis sur l’affaire. Monsieur Sarkonerie (devenu homme le plus riche du pays après de nombreuses magouilles au sein de son gouvernement) a déclaré que ces dangereux personnages ne tarderaient pas à être arrêtés et emprisonnés. Comme pied de nez au gouvernement, un des jeunes, après un entretient téléphonique secret avec un de nos journalistes, a déclaré : « Il s’agit d’une voie magnifique, cheminant sur des placages éphémères dans une zone mixte. Olala, nous avons même éprouvé du plaisir à grimper. Malgré les risques que nous encourons, nous comptons bien y retourner pour la terminer… »


Suite à cette déclaration et dans le souci d’une évolution perpétuelle de la sécurité, il a été prévu de rajouter des webcams dans le cirque…

mardi 3 février 2009

Dry Tooling



Cet hiver, pour devenir des alpinistes branchés nous nous sommes essayés au DRY TOOLING. Il s’agit d’un sport bizarre qui consiste à grimper avec des piolets et des crampons sur du caillou pour aller chercher un pauvre morceau de glaçon pendouillant dans un surplomb. Finesse et délicatesse sont les maitres mots de cette activité : bref, ça met la caisse.


Des cotations incompréhensible, des cigares véreux, les mains qui s’ouvrent, des ancrages plus aléatoires les uns que les autres, des piolets volants, des crampons qui ripent et des techniques de progression plus complexes que les pires inventions du kamasoutra font que ce sport est particulièrement intéressant…


Quelle satisfaction de revenir à la maison complètement fractal après une bonne séance de bourrinage aux Espuguettes. Attention tout de même aux piolets farceurs toujours prêts à vous sauter au visage lors d’un blocage violent… Et vlan, le nez (ou les dents, ça dépend de l’angle du piolet)… Tout d’un coup, ça fait moins classe pour finir sur le dancefloor du Connemara à 4h du matin.

lundi 2 février 2009

Nouvelles de Pyrénéens perdus dans les Alpes, 2èm épisode…



Nous revoilà pour l’écriture d’un nouveau chapitre de notre découverte des Alpes.
Ce week-end un nouveau pyrénéen nous a rejoint : j’ai nommé mister Florent Dulac! Afin de partir sur de « bonne base alpine » nous décidons d’aller grimper dans le massif du Mt Blanc.
Le RDV est donné samedi à 7h30 à Chamonix. Cécile doit récupérer Florent dans le charmant village d’Habère Poche au cœur de la fameuse « vallée verte », en haute Savoie. Ce ne fut pas une mince à faire, mais nous nous retrouvons finalement à 8h, au téléphérique de l’aiguille du midi.

Ne connaissant pas trop le massif et ne disposant pas de beaucoup d’infos sur les conditions, nous nous décidons pour une goulotte classique, facile d’accès en face nord de l’aiguille. Mais première surprise lorsqu’en prenant nos billets à 8h30, la caissière nous annonce que nous sommes dans la benne numéro 27, qui partira à 10h30! Petite hésitation :
- Ca fait tard pour commencer une voie !
- Oué mais d’un autre côté on descend en rappel et elle ne fait que 250 m.
- Allez c’est parti on y va !

Cela nous laisse un peu de temps pour aller boire un café et s’imprégner de la faune locale. Ni Cécile, ni moi ne connaissons les lieux, ce qui fait place à des discutions assez comiques …
- C’est quoi ce sommet avec cet énorme glacier ?
Et Florent en parfait connaisseur des lieux : « alors ça, c’est le Mont Blanc…. »
- A Ouai! Excellent ! Il ressemble vachement au Pic d’Anie quand même ! »
Et j’exagère à peine…
Ou encore en marchant dans la rue: « Mais c’est qui ce mec ? Il doit être connue ! Sa tête me dit quelque chose !
Toujours Florent : « c’est Phillipe Magnin. Il est dans le film « Sur le fil des 4000» avec Berhault. »
- Wouahou c’est cool Cham’ !


Nous partons finalement avec une demi-heure de retard. La benne nous dépose donc à 11h30 au sommet de l’aiguille, à 3842 m, face aux plus beaux sommets des Alpes. La vue est somptueuse. Cependant pas le temps de traîner ici. Nous sommes déjà plus que juste dans le temps!
Nous attaquons les rappels depuis la passerelle, alors que des hordes de skieurs, arborant fièrement les dernières GoreTex de chez Millet, s’élancent vers la Vallée Blanche.
Après un faux départ dans une goulotte trop sèche, nous pouvons enfin commencer à grimper. Je m’élance dans un couloir ou les parties en glace alternent avec des ressauts de mixte. Les longueurs sont magnifiques. La glace est très froide et cassante mais c’est un véritable escalier et tous les ancrages sont assurés. L’ensemble est peu soutenu (quelques ressauts à 85° max) ce qui nous permet de progresser rapidement.







Cependant, une longueurs sous la crêtes finale, nous entendons les hauts parleurs annoncer le départ immédiat de l’avant dernière benne de la journée. Il faut encore accélérer. Nous sortons sur l’arête des Cosmiques en courant, mais cela ne sera pas suffisant, puisqu’une fois arriver au téléphérique, les gardiens ne peuvent que nous annoncer que la dernière benne vient de descendre il y a 15 min….



Une nuit à presque 4000m se prépare. Le seul abri que l’on nous propose est un modeste couloir (chauffé !), mais cela nous satisfait amplement. Pour finir la journée en beauté, nous admirons un fabuleux coucher de soleil sur le toit de l’Europe.
L’excitation de la voie commence à retomber progressivement et un petit mal de tête commence à se manifester… il ne nous quitteras pas jusqu’au lendemain.
Là haut, nous faisons connaissance avec les gardiens. On leur parle des Pyrénées et ils nous racontent leurs saisons ici. Les pétards et la liqueur de Framboise s’enchaînent et nous montent bien au delà des 4000m !
Le lendemain il neige. Nous redescendons avec la première beine et retrouvons le fond de la vallée, un peu abasourdi par notre aventure.
Florent doit repartir, il bosse l’après midi. Cécile et moi nous attablons dans une brasserie pour un sérieux petit déjeuner.
Sur le retour nous nous arrêtons à Sixt. Un site majeur de cascades. Nous rejoignons Flo à 18h. Nous récupérons nos affaires et nous voila reparti chacun dans notre direction en attendant le prochain chapitre…

PS : Lundi 19h, Cécile vient de trouver le nom de la goulotte. Il s’agit de la Profit /Perroux, III, 4, M5.